Riad Chergui, les chéris …

Ma première fois je la dois à un Riad comme celui-là. Un Riad grand comme le palais d’un sultan parce que ceux qui y résident n’ont pas le cœur vide. Mon sultan à moi m’avait attirée dans ce repère protégé d’une main dorée par ses propriétaires. Comme on emmène sa sultane loin de la frénésie des grandes villes meurtrières. Le travail, ça nous tue si on oublie l’humeur de la brise les matins de vacances. Faute de cadence trop intense, je n’avais plus pensé à réserver des billets depuis quelques années. (snobisme prononcé ? A vous d’en juger…)
L’agence aérienne nous ayant assuré un coup foireux ; obligés de riposter, interdiction formelle de déposer les armes, forcés de se rendre à l’évidence que sans la patronne des lieux, nous aurions rebroussé chemin avant de décamper loin de là pour oublier.
On est dans un Riad comme on est chez soi. Sinon, pas le choix, il faut claquer la porte, rendre les clés, quitter sur le champ, sans hésiter.
Si on tombe dans un Riad comme celui-là, on n’en sort pas comme ça. Ni indemne je crois. Tu vois, si tu choisis bien, tu peux finir par rester jusqu’à la fin, la boule au ventre de devoir quitter le nid marocain. La cuisinière te donne si faim que tu ne peux plus te passer de son pouvoir culinaire. Tu attends, tu espères que le jour touche à sa fin, pour satisfaire ce besoin primaire. (Manger).
Il y a une alternative pour les angoissés de la vie, ceux qui font des montagnes pour des fourmis, un peu comme moi (et, en l’occurrence, l’Atlas n’est qu’à quelques pas de là). Soit, Inshallah, et si vous voulez respirer l’air pur de laMarrakech-Tensift-El Haouz, en arabe مراكش تانسيفت الحوز, oublier l’ennui des jours de pluie et les visages boueux des gens malheureux de l’Europe qui pagaie, décollez de vos sofas cafardeux et épineux et sillonnez la région en vous réconfortant au lieu dit. Le Riad Chergui était loin de l’ennui de ma ville engourdie, loin de tout ce tapage inutile et de bas étage, loin des fourmis uniformisées, épinglées de la tête aux pieds par des clichés courus d’avance. Il faut rester près de ses valeurs et dans ce beau lieu comme disait mon ami Abdoul, dans ce Riad digne d’un dieu, vivent des gens heureux.
La petite veste noire ne se taillera pas cette fois
Bruxelles, Dimanche 26 Août 2012

J’y renonçais parce que celle que j’avais toujours cherchée n’existait pas dans ma réalité. Celle que j’avais n’arborait plus la forme escomptée et tout ce noir me donnait des palpitations. Ma démarche naïve et impulsive me fait souvent boycotter les détails importants qui façonnent la vie de tous les jours mais elle ne pourra jamais m’empêcher de sillonner les détails fascinants des détails des vêtements. Les exercices de styles, j’en fais tous les jours. En allure moins qu’en écriture. Sans démesure et sans se galvaniser, on utilise la tempérance et on continue d’espérer. Basiquement, on peut espérer un vêtement. Et puis, on tombe dessus. C’est comme une bombe à retardement. Ça vous ronge à petits feux parce que ça urge. On le voit, on le sent, ensuite on l’oublie un moment. Ironiquement, il ressurgit dans votre esprit. Je l’ai vu sur la jeune blonde à bicyclette, sur la bombe noire au supermarché et sur la dame âgée chapeautée qui promenait son chien à la façon d’un spot publicitaire hitchcockien. Tout ça dans la même journée. Alors j’ai rebroussé chemin et j’ai foncé tout droit là où elle m’attendait, je crois. Je l’ai mise une ou deux fois et j’ai considéré qu’une taille 40 ça donne une allure garçonne donc ça rend moins vulgaire (au sens « commun »). En espérant qu’elle ne fasse jamais la une pour rester anonyme et particulière, je la garde pour moi. Pour une prochaine fois. Merci à Paris pour ça.
Pourquoi j’ai voulu tuer Michael Fassbender ?
Bruxelles, Jeudi 16 Août 2012

« It’s a kind of cliché » (je sais).
Son fessier, ses yeux verts, son corps presqu’aussi bien cabré qu’ Arion l’inaliénable avant de laisser tomber sa cavalière désemparée ; oui, on l’a toutes espéré dans nos désarçonnants cauchemars les plus cérébraux.
Enraciné entre l’Allemagne et l’Irlande des mal élevés, ce dieu du ciné crève à l’écran autant qu’il heurte nos pauvres petits cœurs d’artichauts de jeunes plantes mal aimées.
S’il n’y en avait plus qu’un comme lui (cfr. Prométhée), on l’aurait déjà écorché vif, sur le bûcher enflammé de la place des martyres de notre cité.
Cet homme là, mais que ne donnerait-on pas pour qu’il nous offre de la peine à respirer lors de nos marches effrénées vers les sommets les plus épineux, ceux qui nous donnent ce mal palpitant quitte à nous feindre un fin douloureuse ; ceux qu’on ne peut franchir qu’avec la rage d’en arriver à bout et de crier d’un élan poumoneux et trop peu retenu que nous aussi on : crève de lui donner la réplique dans une comédie dramatique !
Elle s’entiche de son shirt
Bruxelles, Lundi 6 Août 2012

Daria Werbowy, Elle France, Tee-shirt Mulberry
Un tee-shirt duquel je me suis entichée comme d’un object fétiche que j’aurais guêté depuis des années et chiné enfin à la volée.
N’y a-t-il rien de plus impulsif que l’amour de celui que l’on porte contre notre coeur, du matin jusqu’aux petites heures ?
C’est spontanément pour ça que j’aime à faire des métaphores sur ce qui nous garde de nuit comme de jour, de cette nudité pas encore ou plus familiarisée.
Les poulettes trop grillées
Bruxelles, Lundi 30 Juillet 2012

Hanne Gaby Odiele, Défilé Cacharel automne-hiver 2012-2013
Ce n’est pas tant que j’ai honte de reconnaitre que parfois je ressens « l’angoisse de la page blanche » mais ces temps-ci j’aimerais que cette blancheur se colle aux visages des femmes trop tannées.
Celles qui rident plus vite que de raison, et cela, en toutes saisons …
La blancheur est à la couleur ce que la couleur lui envie.
Les femmes font l’erreur de narguer les rayons d’un soleil dévastateur.
Le bronzage est une mode dédommageable si on s’y prend à temps dans laquelle l’industrie cosmétique et pharmaceutique se fourvoient pour admirer leurs ventes monter en pic plus vite que les dermatos ne discernent leurs salles d’attente bondées de poulettes un rien trop grillées …
Tout le paradoxe réside dans cette disposition à la mutation cutanée. Il y a que la blancheur fait peur.
Et si certaines femmes reconnaissent qu’elles ne se dorent pas à ses pieds et évitent dès lors de se brûler les ailes sous le soleil enragé, c’est parce qu’il y a toujours dans les esprits bien forgés, cette noblesse de la peau blanche revendiquée.
